19.04.2008

Aimé Césaire

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J’écris cette lettre car je suis choqué par l’esprit peu approprié dont on fait preuve certains et certaines politiques et réclamant que Aimé Césaire soit transféré au Panthéon. Certains ont même dit « Entre ici, Aimé Césaire » en référence à Jean Moulin.

 

J’ai l’impression que par ce battage, nous rappelons notre nécessité de forger l’histoire dans un pays qui est imposant par des années et des années de patrimoine. Il est difficile d’écrire l’histoire moderne, pense t’on. C’est une question d’histoire, mais aussi des relations que la France entretient avec l’outre-mer.

 

Dans la poésie d’Aimé Césaire, et dans ses textes politiques, dans ses actions, dans ses réflexions, dans ses interviews, il y a un attachement dominant à la Martinique et à son peuple. Toute sa vie, il s’est dit « Poète Noir » et a collaboré au mouvement de la négritude avec Léopold Sedar Senghor. La Martinique se reconnaît en lui et le considère comme un grand homme, si ce n’est un héros.

 

Vouloir inhumer Césaire au panthéon, c’est modifier l’histoire pour dire : regardez, un poète de couleur est enterré avec la « Patrie Reconnaissante ». C’est aussi priver une région de celui qui l’a marqué à jamais et à toujours été là pour son peuple et pour les colonisés. C’est enfin avoir une vision très pauvre de notre Patrie. Comme si la métropole était le centre de notre république et que la France se doit d’honorer les morts importants, sans regarder le contexte et les présupposés de chaque cas. On est dans une période où l’histoire peut être écrite avec un joli sourire, mais sans se soucier de la dimension profonde de celle-ci.

 

J’ai l’impression aussi que ceux et celles qui réclament son transfert sont semblables aux polonais qui dressaient des pancartes « Sancto Subito » à l’enterrement de Jean Paul II. Bien sûr, je trouve que Césaire est un grand homme qui a apporté beaucoup à la France. Mais je considère aussi que c’est un poète qui est attaché de tout son être et de tous ses actes à sa condition, et à la condition de la Martinique. La Patrie lui est en effet reconnaissante, mais ce serait montrer une reconnaissance parfaitement déplacé que de l’enterrer en plein centre de Paris. Ce serait dire : « Aimé Césaire nous appartient à nous, lettrés de la métropole, et vous, Martiniquais, prenez l’avion pour voir sa tombe. Vous verrez des poètes et des hommes politiques qui ne se sont jamais soucié de vous profondément, et vous comprendrez enfin que la Martinique c’est la France avant tout. »

 

Après ces passages bien critiques, je propose quand même que la patrie lui rende hommage. En assistant à ses funérailles, oui. Pourquoi pas, en écrivant sur la pierre tombale de l’intéressé : « La Patrie Reconnaissante » ce qui serait un symbole fort, mais là aussi, à contraster. Le plus bel hommage que l’on puisse faire, c’est que les livres de Césaire soit édités par Librio 2€, par Pocket, ou qu’Actes Sud réédite ses œuvres dans une nouvelle édition. Que l’éducation accorde une part aux écrivains Français de l’Outre-Mer. Que Césaire côtoie les grands noms de la littérature, qu’il soit reconnu comme écrivain particulier, entre la France et l’ailleurs, que les jeunes lisent au moins un peu du « discours sur la décolonisation » ou quelques pages de « Cahier d’un retour au pays natal ».

 

Faire entrer Césaire par la grande porte de l’histoire en métropole est irréfléchi et maladroit. Le faire entrer par la petite porte des cerveaux des Français est plus important. Que dans quelques années, les gens citent Aimé Césaire parmi les grands écrivains qui ont marqué l’histoire moderne, au même titre que Sartre, serait plus utile qu’un cadavre inapproprié de plus dans le Panthéon.

 

Concluons avec une petite phrase de l’intéressé : « Nègre, je suis, Nègre, je resterai » (Aimé Césaire dans les entretiens du même nom, par  Françoise Vergès).

 

Commentaires

C'est amusant parce que je me suis faite la même réflexion en entendant dans la presse que l'on voulait l'inhumer au Panthéon, j'en discutais avec Sébastien et Matthieu et on espèrait qu'il serait enterrer dans ces Antilles natales et que personne ne s'y opposerait !

Ecrit par : liliane | 23.04.2008

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